Jean BENEDICTI (+1593)

Figure de la piété mariale du XVIe siècle, le cordelier Jean Benedicti fut tour à tour orientaliste et exorciste, prédicateur et casuiste réputé, pélerin en Terre-Sainte et responsable de son ordre en France. Né à une date inconnue, il est décédé vers 1590-1595 à Laval, dans la Mayenne. Nommé professeur de théologie et d'hébreu à Lyon de 1574 à 1584, approximativement, il fit pélerinage à Jérusalem vers 1581. De retour en France, il procéda en 1582 à deux exorcismes retentissants rapportés dans La triomphante victoire de la Vierge-Marie sur sept malins esprits.

Opérés dans la région lyonnaise sur Catherine Pontet (22 ans) et Perinette Pinay (57 ans), ces exorcismes se ressemblent. Se déclarant habitées par plusieurs "diables", les possédées attribuent leur mal à l'action d'une "sorcière". Violentes sont leurs crises : C. Pontet se débattait "tellement qu'elle enlevait de terre quatre ou cinq hommes forts et puissants qui la tenaient". Elles avaient été exorcisées par d'autres prêtres, sans grand succès, avant que Benedicti ne soit sollicité. Au moment où il intervient, elles sont délivrées de leurs esprits mineurs par la vertu d'exorcismes antérieurs ou d'actes de dévotion : seuls subsistent les diables les plus virulents, Myron (C. Pontet) et Frappan (P. Pinay). Benedicti joue de son charisme et de la réputation de son pélerinage. Arguant de saint Augustin (De Civ. Dei, XXII, 8), il  administre aux possédées "de l'eau bénite, où il avait détrempé" de la terre ramenée de plus de quarante sanctuaires du Christ : Bethléem, le Sinaï, le Thabor, Jérusalem... L'exorcisme de C. Pontet fut un échec relatif. Dénonçant "ce brigand de cordelier qui me vient tourmenter", elle ne put s'empêcher de blasphémer : "on ne dit la messe que pour yvrogner". Le second fut un succès triomphal, P. Pinay consentant à défiler en procession solennelle dans les rues de Lyon et à revêtir "l'espace d'un an l'habit et cordon de l'ordre de saint François, en signe de pénitence".

La médiatisation de ces exorcismes obéit à une logique religieuse. Elle exalte le culte marial : la dévotion de P. Pinay pour la Vierge l'a sauvée de Frappan. Dans le contexte des guerres de religion, elle sert à combattre le protestantisme : "Genève est toute pleine de malins esprits et sorciers, fruits ordinaires des hérésies". Il est normal que Calvin ait aboli l'office de l'exorcisme : "un diable ne chasse pas l'autre". Au coeur du surnaturel, Benedicti rattache sa pratique à une forme de rationalité. Soucieux de distinguer la possession de l'hystérie, il décrit les "indices d'un corps possédé". La consultation d'un médecin est le préalable à l'exorcisme : seul l'examen médical permet de certifier que le trouble ne résulte pas d'une cause organique. Constatant la diversité des cas de possession - "il y a autant de complexions entre les démons comme entre les hommes"-, Benedicti s'attache à les décrire avec une précision quasi-clinique.

J. BENEDICTI, La Somme des Pechez et le remède d'iceux, Lyon, 1584 (nombreuses rééditions à Lyon, Paris et Rouen jusqu'en 1620) ; La triomphante victoire de la vierge Marie sur sept malins esprits finalement chassés du corps d'une femme dans l'eglise des Cordeliers de Lyon, Lyon, 1583 (1ère éd., 1582 ; plusieurs rééditions) ; R. MANDROU, Magistrats et sorciers en France au XVIIe siècle, Paris, Plon, 1978 ; L. WADDING, Scriptores Ordinis Minorum, Rome, 1650, p. 193 et Annales Minorum à l'année 1396, 3e éd. Florence, Quaracchi, 1932, t. 9, pp. 156-157.