Résistance

 

Ce projet colossal, dit 'le Rectangle d'or',

Nommons-le 'Attila', tant il est herbivore.

Ainsi que sur le pas du cheval qu'il montait,

Le cruel guerrier fauchait l'herbe à jamais,

Ce projet franco-suisse couvrira la région

D'un linceul de béton, de fer et de goudron.

Tout ce que, grâce au temps, la nature a construit,

Attila sans regret, l'aura bientôt réduit.

Il détruira la faune, la flore,  les paysages,

Il urbanisera les verts pâturages.

Brisera l'harmonie, la  ronde des saisons.

Les couvées printanières loin ailleurs nicheront.

Les oiseaux migrateurs ne pourront retrouver

Les marécages doux à leurs ailes fatiguées.

Au prétendu 'jardin ouvert sur le monde' *,

Pousseront désormais des fleurs nauséabondes.

Avions, hélicoptères, seront nos papillons,

Projetant bruits et gaz sur notre beau canton.

 

Parfois nos créations sont nos aphrodisiaques.

Faut-il pour le plaisir mettre le monde à sac?

Ce projet massacreur, qui donc l'a voulu?

Les électeurs l'ont-ils demandé aux élus?

En cachette on l'impose, qu'en savent les citoyens ?

Qu'il rendra leur vie rose, qu'il est fait pour leur bien.

Le dossier se présente à coup de mots ronflants,

Parc, jardin, qualité, programme bienséant.

Des emplois par milliers et des rentrées fiscales,

Qu'attendent avidement les finances communales.

Notre qualité de vie sera incomparable

Notre prospérité brillera sur nos tables.

Pour ces veaux d'or bénis, à nos élus, merci.

Souhaitons humblement, que ces bienfaits subis

Ne nous apportent pas d'Egypte, l'une des dix plaies

Et que les sauterelles, ne dévorent arbres et haies.

Dans la jungle mondiale, sévit la concurrence.

Qui sera le premier ? Les villes tentent leur chance.

La cité de Calvin se voudrait Grand Genève.

Son espace exigu hypothèque ses rêves.

Le canton est petit, et construit à demi,

La moitié du foncier ne peut être bâti.

Pour qu'en cas de conflit, le pain soit assuré

Et que sur les terrains, le blé puisse lever.

Donc pour s'agrandir, Genève n'a qu'un moyen,

C'est d'aller investir le territoire gessien.

Ainsi du coté Suisse, la nature est sauvée,

Mais le coté français, lui, sera saccagé.

 

Attila montre aussi d'autres effets pervers,

S'il semble s'occuper du monde des affaires,

Comme guigne il se moque, des gens et du social.

Reviendrons-nous par lui, en un temps médiéval ?

Nos élus gessiens croient que par le marché

En s'offrant à Genève, Gex sera sauvé.

( Ce qui suit, amis suisses, ne vous est adressé,

Les gens de portefeuilles, seuls ici sont visés).

Elus gessiens  songez à ce mot de Voltaire

Définissant les Suisses, ce qu'ils sont en affaires :

« Suivez un banquier suisse qui saute par la fenêtre ». 

Ce conseil de Voltaire, est d'un financier maître. 

Il voulait dire ainsi qu'en suivant l'Helvétique,

Sans risque l'on pouvait amasser bien du fric.

Craignons pour nos élus qu'en sautant dans l'espace,

Poursuivant le banquier, par terre ils se ramassent.

Constatant après coup que notre financier,

Avec un parachute, lui, savait s'épargner.

Nos élus sortiront de leur chute, sans fracture,

Mais nous et nos enfants réglerons la facture.

 

Pensez-vous que l'Histoire, en elle-même ait un sens ?

Qu'elle guide les pas de l'homme et que son assistance,

Lui évite les faux-pas, le dispensant ainsi

De toute précaution ? Tout serait-il permis ?

Les lois de la Physique ne peuvent être transgressées.

Et l'homme prédateur doit donc les respecter.

Si du monde réel, l'homme nie l'exigence

La vie rappellera sa frêle contingence

La Genèse nous dit : 'croissez, multipliez ',

Le monde vous appartient, faites le fructifier.

Toujours plus de besoins, toujours plus de biens,

Telle est notre nature, tel est notre destin.

L'homme épuise sa planète en agissant ainsi.

Les ressources de la Terre ne sont pas infinies.

Lorsque le livre saint disait : ' multipliez '

Sur la Terre, les hommes n'étaient que des milliers.

Les humains, aujourd'hui se comptent par milliards.

Il faut nous amender, même s'il est un peu tard.

Les plus pauvres envient la richesse des nantis.

La justice voudrait des êtres tous bien lotis.

Mais si tous les Chinois, les Indiens, et l'Afrique,

Possédaient comme nous : voitures, piles atomiques,

La planète asphyxiée, certes, n'y suffirait pas.

Comme les diplodocus, nous irions au trépas.

Il nous faut accepter un autre développement

Permettant aux espèces de vivre durablement.

Il nous faut partager la planète, ses ressources

Sans relâche préserver de notre vie, la source

 

Plutôt que développer, pensons améliorer,

Le feu de Prométhée ne doit pas nous brûler.

A quoi bon aujourd'hui du monde changer la face,

Si nos agencements, demain tuent notre race ?

 

Pensons globalement pour agir au local.

Du projet Attila refusons l'idéal.

Résistons.


Georges Paillard, Ferney-Voltaire, 29 août 2002

                                  

 

*   Devise de la Communauté de communes du Pays de Gex.

Site de l'AGCNA

Site de l'AFRAG