CERN WEEKLY BULLETIN, BUL-GI-2004-019
Bulletin hebdomaire du CERN
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J'ai eu le plaisir de rencontrer Georges en juillet 1959 au groupe Magnet de la division PS au moment où le centième et dernier aimant venait d'être installé dans l'anneau. Le groupe commençait déjà à s'orienter vers de nouveaux projets et mon premier travail avec Georges consista dans des essais de tubes flash de puissance pour la future chambre à bulles. Ensuite, bien que travaillant dans des domaines différents, mais toujours dans les mêmes divisions, nous ne nous sommes jamais perdus de vue.

J'ai rencontré Georges en janvier 1961 au laboratoire d'électronique de la division NPA. Georges avait déjà six ans de CERN : c'était un ancien.

Au début, il y eut la chambre à « boules ». Le chef de la division NPA, M. Colin Ramm, australien, éprouvait une certaine difficulté à prononcer le « u » français et une machine classique de la physique nucléaire est devenue l'unique chambre à « boules » jamais construite. Chambre qui connut son heure de gloire puisqu'elle enregistra les premiers événements neutrino en Europe.

Ensuite nous travaillâmes ensemble sur divers projets : l'extraction rapide, les aimants pulsés, la corne magnétique, le photo scanner, etc. En 1966 j'ai quitté le NPA pour les ISR, mais quelques années plus tard, avec la création de la division SPS, je retrouvais Georges à la section d'électronique du groupe BT.

Il nous est impossible de résumer les trente-huit années d'activité de Georges au CERN, car c'était un électronicien très éclectique qui n'a jamais cessé de s'instruire et de progresser.

Ce ne sont pas seulement les qualités professionnelles de Georges que nous tenons à souligner, ce sont aussi ses qualités humaines, qualités rares et peut-être d'un autre temps. Georges était aimable, agréable, généreux, honnête et en plus son humour aplanissait les difficultés et enrichissait notre quotidien. Nous nous souvenons encore aujourd'hui de son rapport annuel d'activité rédigé en hexamètres et alexandrins, un vrai régal et un modèle du genre.

Puis ce fut la retraite, quelques années de relative sérénité, la maladie, la lutte contre la maladie, avec le soutien de toute sa famille, la décision d'arrêter tout traitement et enfin la préparation, dans les moindres détails, de son départ. Nous avons ressenti un sentiment de profonde admiration devant son courage et sa dignité.

Georges était très croyant, nous sommes sûrs maintenant qu'il nous étonnera encore et que nous le retrouverons, un certain jour, quelque part pour parler, entre autre, de la chambre à « boules ».

...wir haben einen echten Freund verloren...


Jürgen MANN & Jean-Pierre ZANASCO